la bibliothèque idéale

Accueil > Bandes Dessinées > La Page blanche

La Page blanche

Dessinateur :

lundi 6 février 2012, par Richard

La Page Blanche sort aujourd’hui, c’est un nouvel album de la collection Mirage de chez Delcourt. Au scénario Boulet, au dessin Pénélope Bagieu, rien de moins que deux des auteurs de blogs bd les plus influents. L’album fait parti d’une collection dirigée par l’ami Yannick Lejeune.

Parce que ce sont tous des gens que j’aime bien, je vais acheter l’album chez mon libraire préféré du XIème arrondissement. Amusant lorsqu’on constate que l’histoire se déroule elle-même dans ce quartier parisien, quand ce ne sont pas certains endroits emblématiques de la capitale pour tout geek/bobo/jeune-tout-simplement qui se respecte.

Un bel objet

22 euros 95, voilà la somme qu’il vous faudra débourser pour acquérir cet épais album de 200 pages. L’objet est beau, je feuillète un peu et tombe sur une séquence avec des couleurs criardes. J’ai un peu peur. J’espère alors que le scénario de Boulet, dont je connais déjà le pitch, sera à la hauteur.

Points forts de Pénélope, mais toujours les mêmes points faibles...

Pour en revenir au dessin de Pénélope, mon constat est le même que pour "Cadavre Exquis" : le juste côtoie le moins bon. Les mimiques très expressives permettent de s’attacher au personnage de Éloïse, ingénue, charmante.

La mise en couleur est inégale. Plusieurs planches proposent des couleurs bien senties, alors que sur d’autres plus rien ne va. De belles planches de nuit, des moments oniriques ou des souvenirs se démarquent largement.

De fait, ce n’est pas tant le style graphique que la technique pure et dure qui me gène le plus : on trouve encore dans cet album des images mal compressées qui se permettent même de pixelliser. D’autre part, dans une même page on assiste à des assemblages de cases avec différentes épaisseurs de trait. La malédiction photoshop de l’outil transformation a encore frappé. Enfin la typo au stylo graphique semble refléter l’état de fatigue de Pénélope quand on se retrouve avec des textes qui semblent écrits sur un tracteur. L’ensemble donne une vilaine impression d’être plus sur un blog que dans un ouvrage.

Boulet, raconte-moi une histoire...

Éloïse se retrouve donc sur un banc, sans aucun souvenir. Rien. Elle s’empresse de noter chaque petit détail de cette nouvelle existence et de redécouvrir les éléments de sa vie. Le ton n’est pas particulièrement drôle car Éloïse est assez stressée. A certains moments elle se permet d’être fantasque et d’imaginer toutes les situations possibles, comme une Ally Mc Beal. Ça c’est plutôt drôle, sans non plus être hilarant.

- je spoile un peu, je conseille donc la suite à ceux qui ont lu l’album -

Boulet entraine le lecteur dans une succession de scénettes où son héroïne cherche à en savoir toujours plus sur son existence... sans d’ailleurs forcément trouver grand chose. Les 2/3 de l’album passent et même si on ne s’ennuie pas et que l’intrigue fonctionne bien, elle n’avance pas forcément. Je regarde la tranche du bouquin pour me rendre compte qu’il ne reste plus beaucoup de temps. A ce moment-là je me dis "Merde, quelle astuce ou retournement de situation Boulet va t-il nous trouver ?!" La suite m’a assez déçu. En effet, ce qui n’aurait pour moi du être qu’une étape de questionnement du personnage devient le final, exprimé sur deux pages. La morale devient du coup simpliste.

- et là arrêtez-vous vraiment si vous n’avez pas lu le livre !! -

Comprenons-nous bien : à l’instar d’Éloïse je me retrouve aussi souvent en questionnement vis-à-vis du monde qui m’entoure, des objets auxquels je m’attache et me délie. Boulet avait lui-même déjà traité ce sujet de manière autrement plus sensible dans une superbe planche diffusée sur son blog (il décidait de jeter une grande partie de ses affaires pour repartir du bon pied, faisant des choix au passage).
Mais là ? Est-ce bien intéressant de nous entrainer sur une aventure pour nous dire dans les deux dernières pages "oh allez on s’en fout ?" "elle a tout oublié parce qu’elle le voulait, parce que le monde ne lui convenait plus ?"… Cette fin, expédiée, me semble ratée.
Pourquoi ne pas être reparti sur cette base pour relancer un dernier wagon ? Reprendre les éléments amorcés et les approfondir ? Éloïse, qui sombre dans une grosse crise de dépression, en ressort toute seule et sans explication. Elle est même la sagesse réincarnée (elle a du prendre des cachtons c’est pas possible autrement). Drôle de manière de boucler une intrigue.

En conclusion

Les + :
- chouette Boulet et Pénélope !
- l’objet est magnifique
- certaines attitudes du personnage irrésistibles
- certaines colos assez chouettes
- l’intrigue amusante et prenante…

Les moins :
- … jusqu’à un certain point : la fin mal gérée casse tout
- certains dessins, colos, typographies ne suivent pas
- manque d’ambition générale, même pour une histoire simple.

Quelques observations de relecture (spoils à mort) :
- Éloïse et son tic de mèche, le dernier toc qui lui reste de son existence de stress ?
- Désengagée du superflu le cerveau d’Éloïse se met à calculer plus vite que la lumière ?


Voir en ligne : Pénélope Bagieu et Boulet affrontent la page blanche

Un message, un commentaire ?